La Flandre



REPORTAGE : VOYAGE EN FLANDRE (BELGIQUE), LA RÉGION EUROPÉENNE QUI DÉTIENT LE RECORD DE VALORISATION MATIÈRE DE SES DÉCHETS MÉNAGERS

Quelle stratégie mettre en place pour passer de 20 % de recyclage et compostage à 70 % ? C’est ce que l’équipe du Cniid a voulu comprendre en effectuant un voyage d’étude dans la région flamande en Belgique, en décembre 2008, avec l’ensemble des membres du Bureau européen de l’environnement qui travaillent sur les politiques de gestion des déchets.
Nous avons rencontré, lors de cette journée, différents acteurs clefs de la politique des déchets : John Wante, responsable de l’office flamand de gestion des déchets (OVAM), Koen Delie, responsable d’une société publique de tri et de traitement (IMOG) ainsi que Bart Vandenbusshe, directeur d’une structure de réutilisation (De Kringloop Winkel), dont le travail peut être assimilé à celui des recycleries en France.

La Flandre est une région très dense (450 hab/km2) de six millions d’habitants répartis sur 25 collectivités locales. Chacune d’elles a la responsabilité de la collecte et du traitement des déchets.

Orienter les déchets d’abord vers le recyclage et le compostage

Au niveau régional, il existe une ferme volonté de diminuer la mise en décharge et de ne plus construire de nouveaux centres car les surfaces foncières disponibles sont une denrée rare. Pour y parvenir, un objectif de collecte séparée est fixé pour la région et décliné dans chaque collectivité locale. En 2015, il est prévu de collecter séparément 75 % des déchets municipaux (contre seulement 30 % environ en France).

Afin d’orienter préférentiellement les déchets vers le recyclage et le compostage, la région a fixé des taxes sur les décharges et les incinérateurs qui augmentent le prix de traitement à la tonne. Il est par conséquent plus cher de mettre en décharge que d’incinérer et il est plus cher d’incinérer que de trier pour la valorisation matière. Pour comparaison, la taxe appliquée en Flandre sur une tonne de déchets entrant en décharge est de 75 euros alors qu’elle est comprise entre 10 et 15 euros en France (chiffre pour 2009).

Toujours dans l’optique de limiter la quantité de déchets destinés au stockage et à l’incinération, la région flamande n’a pas hésité à prononcer des interdictions concernant à la fois la mise en décharge des déchets valorisables et des déchets industriels banals et l’incinération de la plupart des déchets recyclables. Nous avons pu observer qu’IMOG met à disposition des professionnels qui apportent leurs déchets à l’incinérateur, des bennes de tri dans lesquelles ils doivent déposer tous leurs déchets valorisables, comme par exemple la ferraille ou les cartons.

Pour inciter les habitants à pratiquer le tri, le paiement du service d’enlèvement des déchets est une redevance au poids et/ou au volume : plus la quantité de déchets résiduels est faible plus la facture baisse. À la différence de la redevance incitative à la française, chaque type de déchets est payant. Le prix diffère en fonction du coût du traitement : le kilogramme de déchets organiques est moins cher que le kilogramme de déchets recyclables qui est lui-même moins cher que le kilogramme de déchets résiduels destiné à l’incinération ou la mise en décharge. En outre, si des erreurs de tri sont constatées au moment de la collecte, le sac n’est pas ramassé et les consignes de tri sont rappelées (déposées dans la boîte aux lettres par exemple). La qualité des déchets triés est ainsi améliorée.

Pour permettre aux habitants de trier le maximum de déchets, les municipalités financent un réseau dense de déchetteries. Les différentes possibilités de tri sont bien plus nombreuses qu’en France : il existe par exemple des bacs pour déposer les CD, les pots de fleurs en plastiques, les matelas, le bois non traité, les bouchons de liège, etc. La tarification différenciée est aussi appliquée dans les déchetteries puisque le dépôt de déchets recyclables est gratuit alors que le dépôt de déchets encombrants à mettre en décharge ou à incinérer est payant (1,5 euros par kilogramme).

Une volonté politique de produire moins de déchets grâce à la prévention

La région flamande, en plus de favoriser la valorisation matière, est très active dans le domaine de la prévention et s’est fixé pour objectif de stabiliser la production de déchets en 2010 par rapport à la quantité produite en 2000. Elle accorde des subventions aux collectivités qui mettent en place des mesures de prévention comme le compostage domestique. Il existe en outre des accords entre la région et les collectivités pour favoriser l’éco-conception via les achats publics « verts ». Enfin, les entreprises qui adoptent un programme de prévention pour réduire leurs déchets en interne sont également aidées financièrement par la région.

La prévention des déchets organiques est réalisée grâce à un programme de compostage domestique auquel adhèrent aujourd’hui 25 % des foyers flamands. Soulignons que les municipalités organisent des démonstrations de compostage tous les samedis matin pour les habitants sur les sites des déchetteries. Chaque type de compostage est présenté et expliqué (en tas simple, avec deux tas, en bac…).

La réutilisation est également très développée. La région a d’ailleurs fixé un objectif de 5kg/an/habitant d’objets réutilisés. Les Flamands sont invités à donner les biens dont ils souhaitent se débarrasser mais que l’on peut encore réparer ou utiliser en l’état. Ils se rendent pour cela sur les sites De Kringloop, l’équivalent de nos recycleries. Ces structures, avec lesquelles les municipalités travaillent en étroite coopération, sont soutenues financièrement par la région et les collectivités locales qui les accueillent, par exemple via des aides à la formation ou à l’investissement. Les biens y sont triés par type et aiguillés vers les différents ateliers de réparation et de rénovation. C’est ainsi que des meubles et des équipements électro-ménagers peuvent connaître une seconde vie. De Kringloop installe également des points de collecte des textiles sur l’ensemble du territoire ce qui permet de réutiliser des vêtements et d’en envoyer d’autres au recyclage.

"Est-ce que je peux être à toi ? Donnez une nouvelle chance aux appareils de seconde main !"

Les biens réutilisés sont ensuite vendus dans des boutiques qui emploient des personnes en insertion. Il s’agit, comme en France, de circuits d’économie sociale et solidaire. Les boutiques De Kringloop Winkel sont agencées comme des boutiques qui vendraient des biens neufs avec une réflexion sur le marketing (opération promotionnelle à Noël sur les décorations par exemple) et la présentation des objets (vitrine thématique en fonction de la période de l’année). Ce réseau de boutiques est rendu visible par une communication moderne et largement relayée auprès des habitants.

Ce voyage de terrain confirme qu’une politique de gestion des déchets réussie commence d’abord par des mesures de prévention volontaristes, allant bien au-delà de belles déclarations, rarement transformées en actes en France [1]. C’est ensuite en mettant en place de manière cohérente une diversité d’outils adaptés au territoire, permettant d’intervenir tant sur l’amont, comme la fiscalité sur les décharges et l’incinération [2], que sur l’aval à l’exemple du tri poussé au maximum dans les déchetteries, que la région Flandre a progressivement obtenu des résultats.

Il n’existe pas un type de traitement révolutionnaire qui permettra aux décideurs politiques de ne plus être confrontés à la problématique des déchets ; c’est au contraire en s’investissant pleinement dedans, en réfléchissant à de nouveaux systèmes et en acceptant d’investir financièrement dans des solutions autres que des installations de traitement polluantes que les collectivités françaises pourront amorcer une transition vers la réduction et la gestion écologique des déchets municipaux [3]. L’ensemble des acteurs que nous avons rencontrés ont insisté sur le fait que la communication et l’information sur le traitement des déchets ainsi que la promotion des gestes de prévention et de tri sont indispensables. Encore faut-il qu’elle soit intelligemment menée et qu’elle puisse faire passer les bons messages, ce qui n’est malheureusement pas toujours le cas en France en raison de la pression exercée par les lobbies industriels (industriels du déchet, producteurs d’emballages par exemple).

Cet article est extrait du Cniid-infos n°33 (Mars 2009), un bulletin financé par les adhérents du Cniid et dont ils ont la primeur. Si vous voulez soutenir cette information, adhérez !

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