Capannori

         

Le laboratoire toscan de Zero waste

Journal de l’Environnement Le 07 octobre 2014 par Stéphanie Senet, envoyée spéciale

En pleine campagne toscane, Capannori s’est fait une réputation mondiale. Non pour les arômes de son huile d’olive mais pour l’efficacité de sa politique visant le «zéro déchet» en 2020.

Cette petite ville de 46.000 habitants, située à une trentaine de kilomètres de Pise, est une pionnière européenne de la réduction des déchets. A la fin des années 1990, après le combat mené contre un projet d’incinérateur par un instituteur militant, Rossano Ercolini, lauréat du Goldman Prize , et président du mouvement Zero Waste Europe en 2013, la municipalité décide de traiter ses résidus à la source plutôt que d’investir dans une installation coûteuse. Elle adopte alors une stratégie Zero waste à l’horizon 2020 et parvient à réduire de 40% la production des déchets ménagers et assimilés entre 2004 et 2013. En comparaison, la France vise à réduire seulement de 10% ces résidus d'ici 2020. 


A Capannori, les ordures résiduelles ont également fondu de 57% en 5 ans, passant de 340 kilogrammes par habitant en 2006 à 146 kg/hab en 2011. Un Français en a produit en moyenne deux fois plus cette année-là (288 kg/hab en 2011).

RECETTES CONNUES ET IDÉES NEUVES

Etudiée par des élus locaux venus d’un peu partout dans le monde, la stratégie «Zero waste» de Capannori est à la fois un concentré de recettes traditionnelles, mais encore peu appliquées, et un laboratoire d’idées neuves.                               

Parmi les grands classiques: 

  • la généralisation de la collecte en porte-à-porte pour favoriser le tri à la source du verre, du plastique, de l’aluminium, du papier-carton, des déchets organiques et des ordures résiduelles. 
  • la tarification incitative («pay as you throw»), mise en place en 2013, qui a fait grimper le taux de valorisation matière (recyclage et compostage) à 90%.
  • la généralisation de la réutilisation auprès des habitants, avec l’ouverture de trois centres pour récupérer textiles, meubles, vélos ou appareils électriques usagés. 
  • l’incitation au compostage domestique (ristourne de 10% sur la taxe d’enlèvement des ordures), composteur dans les cantines et construction d’une usine de biométhanisation dans la localité.
  • la mise en place de circuit court pour le lait. Deux stations de vente de lait en “self service”  fournies directement par une coopérative de fermiers locaux ont rencontré un succès extraordinaire, avec 200 litres vendus par jour et 91 % des clients rapportant leur propre bouteille pour la reremplir. Le système a ainsi évité de produire et jeter quelques 90 000 bouteilles . Les consommateurs achètent le lait sans que celui-ci passe par l’intermédiaire d’une usine de conditionnement ou d’un grossiste. Pour les clients, le prix d’achat est moins élevé et les producteurs gagnent plus pour chaque litre vendu.  
  • l’élimination des couverts en plastique dans les bâtiments publics, écoles y compris, la distribution de cabas à provisions en tissu à 17800 ménages et 5000 commerces

Un partenariat signé entre Caritas et l’entreprise publique en charge de la gestion des déchets (Ascit) a permis d’embaucher trois personnes, spécialisées dans la réparation et le coup de neuf. Si bien qu’une ressourcerie vient d’ouvrir. En 2012, 93 tonnes d’objets ont été déposés au centre et la tendance à la hausse semble se confirmer en 2013.

RUDOLOGIE OBLIGATOIRE

Impossible de faire le tour du système de Cappanori sans s’arrêter à son centre de recherche. A Salanetti, en périphérie de la ville, on ouvre, ausculte, pèse et classe ce qu’on appelle les «fractions résiduelles» (nos poubelles grises en France), qu’il est impossible de réutiliser, recycler ou composter. Autant dire les bêtes noires de Zero waste. «On fait régulièrement des études de caractérisation en choisissant des poubelles au hasard et on analyse les problèmes», explique Rossano Ercolini, en tenue de chirurgien rudologue, masque et gants compris.

«Ici, nous avons des boîtes de conserve, c’est-à-dire des erreurs de tri, qui montrent qu’il faut poursuivre les campagnes de sensibilisation. Là, se trouvent des vêtements et des chaussures tout à fait réutilisables, signe que tout le monde ne va pas encore au centre de réutilisation. Enfin, on trouve beaucoup de déchets issus de produits non recyclables. Le problème venant de leur conception, il ne reste plus qu’à aller voir le fabricant», poursuit, intarissable, le chef de file de Zero waste. Il a d’ailleurs contacté le PDG de Lavazza pour lui demander de trouver des solutions pour ses innombrables capsules de café. Le fabricant l’a convié dans son centre d’innovation de Turin pour lancer des expérimentations. 

Autre poids lourd des fractions résiduelles, les couches se font moins nombreuses depuis la mise en place, par la ville, d’un service gratuit de couches lavables dans chaque crèche. 

Quant aux emballages en plastique, ils pourraient se réduire avec le déploiement des magasins «sans emballage» Effecorta. L’une des 4 boutiques italiennes de la chaîne, spécialisée dans les produits bio et locaux, se trouve bien sûr à Capannori.

En attendant de réduire encore l’enfouissement, la ville envoie toujours une partie de ses déchets dans la décharge de Livourne, à 60 kilomètres au sud. Rossano Ercolini assure que le passage à une stratégie Zero waste a permis à la ville d’éviter des pollutions de l’air, des sols et des eaux, tout en lui faisant réaliser des économies. Grâce à la diminution de la quantité de déchets envoyés (au prix fort) en décharges et les bénéfices de la vente des matériaux triés aux usines de recyclage le modèle est auto-suffisant.



                        Entre 2004 et 2007, cette formule de tri sélectif a permis de recycler près de 257 000 tonnes de déchets. La quantité de déchets résiduels, ceux qui résistent au tri, a été réduite de 10 000 tonnes. 

La collecte de papiers usagés, puis recyclés, aurait épargné quelques milliers d’arbres, économisé près de 3 millions de litres d’eau, et évité plus de 900 tonnes de rejets de CO². Le gain financier de cette collecte sélective – estimé pour l’année 2007 sur la base du coût moyen d’une tonne de déchets non triés dans la province de Lucca – s’élèverait à plus de 2 millions d’Euros. Ce système de ramassage a encore permis de créer une trentaine d’emplois. Et le fait de dispenser la ville d’une infrastructure classique a encore fait baisser les taxes sur les ordures ménagères. La commune a même économisé plus de deux millions d’euros en 2009. Ces gains ont été réinvestis dans les infrastructures de réduction des déchets et ont permis de réduire de 20% le coût de la collecte pour les résidents. 

 Et pour éviter le superflu, Capannori est en guerre contre l’eau achetée au supermarché, et les bouteilles plastique qu’elle suppose. La municipalité, qui fait campagne pour l’eau distribuée dans la ville, a fait restaurer et purifier une quinzaine de fontaines publiques. Dans les écoles et les administrations, on boit désormais de l’eau du robinet. 

Capannori a fait école . Aujourd’hui 100 municipalités européennes suivent l’exemple de Capannori.

  • En Italie, plus de 200 collectivités ont suivi cet exemple dans la péninsule et  engagé plus de 3 millions d’habitants dans une stratégie « Zéro Waste ». Une goutte d’eau dans un pays où les déchets brûlent encore à ciel ouvert autour de Naples...

       Le modèle est imité dans une centaine de villes espagnoles, au Pays basque et en Catalogne. 

  • En 2002, les décharges de la province basque de Guipuzcoa débordent, les Autorités proposent deux incinérateurs. Trois villes, Usurbill, puis Hernani et Oiartzun, adoptent le « Zero Waste ». La collecte au porte-à-porte de ces déchets urbains triés dépasse aujourd’hui  70% du total. 


Dans les pays de l’Union européenne, environ 40% des rejets ont droit à une seconde vie, environ 40% finissent à la décharge, et le reste est détruit par incinération. L’Europe, dont les structures soutiennent assez mollement le recyclage au profit de l’incinération, s’est cependant engagée à reconvertir la moitié des déchets municipaux solides en 2020.  


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