Usages partagés (location, réemploi, troc et don) : cartographie par type de biens, de freins et sociotypes (ADEME)


Synthèse des principaux enseignements

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1. Usage partagé : motivation économique, lien social et dimension responsable

Le premier avantage perçu des pratiques d’échanges ou de location entre particuliers est économique : 

- 67% des Français interrogés à ce sujet citent le fait de gagner de l’argent ou de faire des économies 

- bien avant de rencontrer des gens, nouer des liens (47%), 

- protéger l’environnement (30%), 

- contribuer à rendre la société meilleure (25%) ou 

- agir au niveau local, près de chez soi (15%).

 Le développement d’Internet explique la progression récente du phénomène 

La stagnation des personnes concernées par les pratiques d’échanges ou de location entre particuliers entre 2013 et 2015 et la stabilisation de l’importance accordée à l’usage plutôt qu’à la propriété peut traduire un effet de saturation ou un impact de la reprise économique


2. La confiance dans les autres et la sensibilité à l’environnement sont les deux facteurs déterminants de l’aspiration au partage des biens

La confiance dans les autres est un élément décisif dans la volonté de partager. Ainsi, 

- 46% des personnes prêtes à partager considèrent qu’il est possible de faire confiance aux autres 

- 24% parmi les Français sont réticents au partage. 

Ce constat n’est pas lié au niveau de diplôme ou de revenu.Cette aspiration au partage semble être très liée à d’autres considérations, en premier lieu desquelles l’environnement.

Lorsque l’on demande à ces personnes quels sont les facteurs determinants de ces pratiques : elles mettent en avant 

- la création de nouveaux liens, 

- le fait de contribuer à rendre la société meilleure et de 

- protéger l’environnement. 

Bien qu’une société collaborative recouvre plus que le seul partage de biens, il est intéressant de voir que la volonté de partage ou de prêt de biens avec autrui semble entrer dans une aspiration plus large à une société de confiance, avec une place importante donnée à la société civile et à l’environnement.


3. L’âge et la contrainte budgétaire déterminent fortement l’adoption de pratiques d’usage partagé

L’achat d’occasion de biens durables est principalement influencé par deux facteurs : 

- l’âge : davantage chez les plus jeunes en raison d’un rapport différent à l’usage et la propriéte  

- la contrainte budgétaire : l’achat d’occasion est plus important chez les ménages aux ressources les plus contraintes.

  • L’évolution des pratiques d’usage partagé dépend en partie de la situation économique. Par exemple, la propension à faire du troc a progressé : la proportion d’adultes déclarant faire du troc « de temps en temps » ou « régulièrement » est passée de 9% en 2011, à 11% en 2013 pour terminer à 14% en 2015.
  • Les ménages connectés à Internet revendent plus d’occasion car la toile donne accès à un immense marché potentiel. La contrainte budgétaire influe particulièrement sur la revente d’occasion en raison du revenu généré. Les plus jeunes revendent plus car la pratique de l’utilisation temporaire est plus marquée chez eux.


4. Les plus diplômés et les hommes sont plus enclins au partage de biens

Contrairement à ce que l’on pourrait attendre, les moins de 25 ans sont plutôt réticents aux pratiques de partage, qu’ils soient homme ou femme. Toutefois, cet effet semble lié à l’âge et non à la génération car il disparait après 25 ans.


5. Les pratiques : combinaisons de motivations contradictoires

La première motivation : qui ressort des entretiens effectués avec des consommateurs est la possibilité de 

- faire une bonne affaire en acquérant un produit d’occasion. 

- contester la société de consommation

- se procurer des objets introuvables en neuf

- prétextes à la promenade propices à la flânerie et à l’échange social (les vide-greniers par exemple). 

Cependant, la difficulté de trouver des produits répondant à un besoin immédiat, l’incertitude quant à l’état des objets acquis (manque de confiance), le souci de l’hygiène (rapport à l’intime), le plaisir du « shopping » et l’attrait pour la nouveauté, mais également la durabilité prêtée à l’achat neuf dès lors que l’objet sera utilisé jusqu’à son terme, rentrent en contradiction avec les incitations à avoir recours aux usages partagés .

La location et l’emprunt à des particuliers constituent aussi des occasions de lien social, en revanche ils sont motivés par le souhait de 

- ne pas s’encombrer d’objets

- ne pas dépendre des autres, par exemple en empruntant un outil à ses voisins, constitue en revanche un frein à ces pratiques. 

Par ailleurs, la location apparaît pour certains comme plus coûteuse qu’un achat à long-terme.


6. Sensibiliser, mobiliser, garantir les différents acteurs sociaux

Six axes d’actions ont été dégagés des étapes précédentes : 

  1. La valorisation des usages partagés pour rendre plus visible, légitimer et montrer l’utilité de ces pratiques, ainsi que soutenir et susciter les expérimentations en la matière. 
  2. La sensibilisation et l’information des particuliers pour garantir une relation de confiance vis-à-vis des différentes modalités existantes. 
  3. La création de labels, de possibilités de transactions sécurisées entre particuliers et systèmes d’assurances adaptés (notamment pour la location de son logement ou de sa voiture), sont déjà ou seraient à l’avenir de nature à favoriser cette confiance. 
  4. La mobilisation des collectivités territoriales et celle des entreprises a pour but de :
    • encourager les expérimentations, 
    • rendre l’offre de biens et de services partagés plus accessible à-travers le support d’un site de service public ou d’un site intranet (service de covoiturage entre collègues par exemple) mais aussi de points de rencontres physiques qui seraient aussi des lieux d’échange et de stockage de biens. 
  5.  La création et le développement des réseaux de voisinage pour permettre une diffusion plus fine des usages partagés auprès des particuliers d’un quartier ou d’un territoire tout en facilitant leur rassemblement sur un lieu ou un support commun (un site internet par exemple). 

       Quant à la mobilisation des collectivités territoriales et des employeurs, et quant à celle de réseaux de voisinage, il peut cependant y avoir un                       risque d’éparpillement en même temps que de monopolisation par un ou quelques acteurs

  1. Les solutions restent à adapter aux biens, car il est difficile de concevoir des outils indépendamment des biens (covoiturage, bricolage, vêtements, etc.).
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