Écologie industrielle et territoriale


Promouvoir une société zéro-waste, c’est d’abord ne pas produire de déchets. L’économie circulaire qui vise à augmenter l’efficacité de l’utilisation des ressources et à diminuer l’impact sur l’environnement à tous les stades du cycle de vie des produits (biens et services) participe de ce principe. Elle est devenu un modèle d’une économie pour laquelle le systeme productif est intégré à son environnement. L’une des stratégie de mise en œuvre de ce modèle, plus précisément, l’une des 7 stratégies opérationnelles que comprend l’économie circulaire, aux côtés de l’éco-conception, de l’économie de la fonctionnalité, du réemploi, de la réparation, de la réutilisation et du recyclage,est l’écologie industrielle et territoriale.

Historiquement, l’écologie industrielle est cette approche qui vise, en s’inspirant du fonctionnement « en boucles » des écosystèmes naturels, à passer d’une économie linéaire non viable (extraction, production/consommation, déchets) à une économie circulaire optimisée. L’oxymore apparent des termes « écologie » et « industrielle » a d’ailleurs très souvent été souligné. La littérature scientifique, quant à elle, utilise toujours et très majoritairement, l’acception d’écologie industrielle pour évoquer les questions de valorisation de matières/énergie, de bouclages de flux, de métabolisme, de substitution, etc. 

Fondée sur une approche systémique, l’écologie industrielle et territoriale (EIT) est une démarche opérationnelle qui s’inspire des écosystèmes naturels pour tendre vers une gestion optimale des matières et de l’énergie : le système industriel peut être considéré comme une forme particulière d’écosystème.


 1 - Un principe inspiré des écosystèmes naturels

RÉFÉRENTIEL

Évaluer les démarches d’écologie industrielle et territoriale, c’est l’opportunité de les améliorer au bénéfice de tous. Depuis 2014, l’association ORÉE s’est donc attelée à la construction d’un référentiel national. Financé par l’ADEME et par le CGDD, le projet implique trois laboratoires de recherche, à Lyon, Troyes et Grenoble. 

Si l’écologie industrielle cherche à s’approcher le plus possible d’un écosystème « viable » à long terme, il devient nécessaire de cerner quantitativement et qualitativement la dimension physique des activités économiques, à savoir les flux et les stocks de matières inhérents à toute activité industrielle : nombre de kWh ou de tonnes de matériaux économisées, emplois créés ou préservés, cohésion des acteurs... 

Adaptée à la maturité des projets et à leur échelle territoriale, une batterie d’indicateurs permettra d’évaluer l’impact de ces démarches dans le temps, de les comparer et de les analyser. Cet outil devrait être finalisé et disponible, en ligne, fin 2016.

             Ainsi, à l'image du fonctionnement des chaînes alimentaires dans le milieu naturel, les déchets et co-produits d'une activité peuvent devenir une ressource pour une autre activité. Les entreprises peuvent réutiliser entre elles, ou avec les collectivités, leurs résidus de production (vapeurs, co-produits, gaz d'échappement, effluents, déchets...) et ainsi, limiter la pollution, le prélèvement de ressources, la production de déchets et la consommation d’énergie.

Par ailleurs, l'EIT permet d’instaurer des relations de partenariat et d’encourager les échanges entre acteurs économiques et industriels tout en favorisant le développement économique local et la prise en compte des enjeux environnementaux.

 Une formalisation des concepts

Si les termes d’ « économie circulaire » séduisent par leur clarté et permettent de communiquer efficacement sur le sujet, l’écologie industrielle continue de mobiliser les acteurs de terrain. Des travaux de l’ADEME notamment nous permettent alors de clarifier les concepts et voici comment l’une et l’autre sont définies :

L’économie circulaire: système économique d’échange et de production qui, à tous les stades du cycle de vie des produits (biens et services), vise à augmenter l’efficacité de l’utilisation des ressources et à diminuer l’impact sur l’environnement.

L’écologie industrielle et territoriale, dénommée aussi symbiose industrielle, constitue un mode d’organisation inter-entreprises par des échanges de flux ou une mutualisation de besoins.

La lecture de ces définitions nous aide à y voir plus clair : l’économie circulaire devient le modèle, l’écologie industrielle et territoriale l’une des stratégie de mise en œuvre de ce modèle. Plus précisément, l’une des 7 stratégies opérationnelles que comprend l’économie circulaire, aux côtés de l’éco-conception, de léconomie de la fonctionnalité, du réemploi, de la réparation, de la réutilisation et du recyclage.


 2- Une stratégie opérationnelle et collaborative 

               On observe ainsi que l’écologie industrielle et territoriale se trouve aujourd’hui principalement circonscrite aux synergies qui peuvent être mises en œuvre sur un territoire. Par les synergies qu’elle invite à mettre en place entre les activités économiques, par la convergence des besoins, la substitution de matières et ou d’énergie dans les procédés de fabrication, la mutualisation de services, d’infrastructures ou d’équipements, l’écologie industrielle apparaît aujourd’hui comme un outil pertinent et de plus en plus mobilisé, pour implanter la logique de l’économie circulaire sur les territoires. Raison pour laquelle, le terme « écologie industrielle » a peu à peu été remplacé par celui – plus long mais plus explicite – d’ « écologie industrielle et territoriale » ; il ne s’agit pas de se concentrer sur un produit, un procédé ou de l’échange d’utilités entre ateliers de production, l’ambition est bien de travailler sur un périmètre géographique donné avec l’ensemble des acteurs économiques qui y sont implantés ou qui ont vocation à l’être. L’écologie industrielle n’est donc pas à proprement parler une nouvelle discipline, mais une nouvelle pratique de management environnemental.

L’écologie industrielle doit relever un quadruple défi 

  1. valoriser les déchets; 
  2. boucler les cycles en minimisant les rejets ; 
  3. dématérialiser les produits (optimiser l’utilisation de la matièreet augmenter la productivité des ressources) et 
  4. procéder à la décarbonisation de l’énergie (évolution vers un système industriel moins gourmand en énergie fossile)

L’objectif est d’encourager la dynamique collaborative et la mise en place d’actions concrètes et partagées. Ces actions sont considérées comme des synergies entre acteurs économiques. Soulignons que c’est aussi sur ce terrain qu’elle puise sa force et peut-être aussi son renouveau : on y parle en effet de coopération inter-acteurs, de confiance, d’innovation organisationnelle, etc. autant de champs qu’elle n’avait peut-être pas suffisamment investigué à ses débuts. 

Au-delà des démarches collectives, l'écologie industrielle représente un enjeu de compétitivité pour les entreprises. L'identification d'approvisionnements alternatifs locaux dans les co-produits et déchets de ses voisins permet de limiter ses coûts et sa dépendance aux matières premières. A l'inverse, l'écologie industrielle permet de trouver des exutoires de valorisation à ses propres déchets et de générer des revenus additionnels. 

                    Une symbiose industrielle repose sur des relations territorialisées. Le territoire peut être perçu comme un espace fonctionnel permettant de traduire des enjeux locaux (retraitement des déchets, assainissement de l’eau, dépollution de sites industriels...) et introduisant un principe clé, le principe de proximité (il s’agit à la fois d’une distance en termes économiques – coût de transport – et communicationnels – lieu de discussions et de rencontres). Le territoire insiste sur la capacité des acteurs à proposer de nouvelles formes de coopération qui, non seulement, peuvent engendrer des résultats économiques, environnementaux et sociaux positifs, mais peuvent également et surtout contribuer à la résurgence de l’intérêt collectif entre acteurs inscrits dans un même territoire (mise en place de schémas de cohérence territoriale ou d’agendas 21). 

Enfin, cela suppose que la symbiose industrielle s’inscrive dans un système d’interactions socio-politiques et socio-écologiques. Ces dernières relèvent de différents types:

  • Partage et mutualisation - Ces stratégies consistent à mutualiser des biens, des ressources ou des services, permettant ainsi de réaliser des économies d’échelle et diminuer certains impacts environnementaux de l’activité économique.

Par exemple : gestion des déchets, réutilisation des eaux pluviales, gardiennage, restauration collective, crèches, plan de déplacement inter-entreprises, partage de véhicule... 

  • Echange de flux – Ces stratégies consistent à valoriser les externalités émises par certaines entreprises par d’autres entités voisines.  Par exemple : eaux industrielles usagées, chaleur, déchets, coproduits...


Ces interactions renforcent la résilience de la symbiose industrielle, présentée comme la capacité de celle-ci à résister aux chocs externes et internes, intègre les dimensions socio-politiques tout en allant bien au-delà, puisqu’elle renvoie également aux dimensions écologique et économique et permettent :

  • La création de nouvelles activités - Les échanges de flux peuvent nécessiter la présence d'activités d’interface pour permettre la valorisation des sous-produits, le développement de produits ou de services, la gestion d'une ressource commune... 

Le succès du système repose donc sur une bonne communication entre les partenaires, la confiance mutuelle, la proximité géographique, le style de management (partage de certaines valeurs). 

 Enfin, pour devenir opérationnel, ce système doit être intégré dans l’organisation structurelle des entreprises. Dans le domaine du management, l’écologie industrielle entraîne des conséquences majeures. D’une part, elle remet en cause la focalisation de l’entreprise sur le produit. D’autre part, les entreprises doivent établir une sorte de chaîne collaborative pour assurer une gestion optimale des ressources. Pour améliorer l’efficacité d’un tel système, il est cependant nécessaire de favoriser certains panachages industriels (ceci renvoie aux biocénoses industrielles) propices aux échanges de déchets et de ressources.

    Programme national de synergies inter-entreprises, « PNSI »  pnsi.fr

❏ Les synergies inter-entreprises permettent à l'ensemble des entreprises d'un territoire de se rassembler autour d'un objectif collectif : se doter d'avantages compétitifs en optimisant l'usage des ressources.

Les synergies peuvent prendre la forme :

  • de synergies de substitution : « les déchets des uns deviennent les ressources des autres »
  • de synergies de mutualisation : partage de matériels, logistique, expertise, etc. 


❏ Plutôt que de recenser l’intégralité des besoins et des offres en amont, le Programme national de synergies inter-entreprises, « PNSI » consiste à réunir les entreprises en ateliers – quatre – de 40 à 50 participants pour chaque région, dans une approche business. 

  • L’idée est d’être plus rapide, moins exhaustif mais plus efficace. Chaque entreprise propose ainsi quatre ou cinq ressources seulement. Cela fonctionne : lors d’un premier atelier à Libourne, en décembre dernier, 200 ressources ont été échangées et 536 synergies identifiées. En Rhône-Alpes, on a comptabilisé 300 ressources et 590 synergies...
  • Évidemment, il faut ensuite que les projets se concrétisent. Des praticiens – ou animateurs – y veillent, en accompagnant les participants sur le plan réglementaire ou technique.
  • L’ADEME soutient par ailleurs le déploiement national d’un outil de cartographie des flux, Act’If, développé en 2014 par la CCI du Tarn-et-Garonne.  Les données sont stockées dans une base. Un système de requêtes permet ensuite d’identifier facilement les synergies envisageables.


 3- Avantages et bénéfices

Pour les entreprises:

  • économies d’échelle (achats groupés, collecte de déchets mutualisée,…) ;
  • réduction des coûts de transport et de traitement des déchets ;
  • nouvelles sources de revenus (vente de sous-produits) ;
  • compétitivité et innovation ;
  • amélioration de l’image de l’entreprise.


Pour les collectivités:

  • réduction des impacts environnementaux et de la consommation de ressources
    naturelles ;
  • création d’activités, de filières et de services ;
  • renforcement de l’ancrage territorial avec une valorisation des
    ressources locales ;
  • développement de l’attractivité du territoire (offre de services / complémentarités) ;
  • création et consolidation d'emplois locaux. 
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