Etude INRA : 3 scénarios pour réduire les pertes et gaspillage alimentaires 


•  Pour identifier et analyser les leviers permettant de limiter le gaspillage alimentaire en milieu urbain et favoriser le développement de systèmes ali- mentaires urbains « zéro gaspillage, zéro déchets », l’Inra, accompagné d’un groupe d’experts internationaux, a donc mené une étude1 sur l’optimisation des usages alimentaires et la réduction du gaspillage dans divers contextes urbains, selon 3 scénarios :

Scenario 1 : Une gestion à grande échelle des invendus et des déchets dans un contexte mondialisé et de concentration urbaine

  • Poursuite de la métropolisation dans un contexte mondialisé 
  • Un gaspillage potentiellement important
  • Des leviers pour une valorisation des bio-déchets et l’institutionnalisatio du don 


Scenario 2 : La cyclisation locale des flux alimentaires au service de la réduction du gaspillage dans un contexte de villes en réseau et de croissance verte

  • Des villes en réseau dans un contexte de croissance verte
  • Une approche coordonnée de la réduction des pertes et gaspillages en ville 
  • Des leviers pour des usages en cascade de la biomas- se et de nouvelles pratiques urbaines 


Scenario 3 : La lutte contre le gaspillage alimentaire dans un contexte de villes en repli et de développement d’une économie locale, sociale et solidaire

  • Des villes en repl (centres des grandes villes peu à peu délaissés car peu attrayants, collectivités publiques, endettées, économie locale, sociale et solidaire, systèmes informels...)
  • La cyclisation du système alimentaire s’appuie sur le développement des économies du partage 
  • Des leviers organisés autour du partage et de l’action collective 


• À l’issue d’un état des lieux des actions proposées ou expérimentées par les pouvoirs publics, les entreprises ou les citoyens, les experts auteurs de cette étude ont identifié 9 types d’actions pour réduire les déchets à la source ou amplifier leur recyclage final :

  • instaurer des taxes ou des redevances pour modifier les comportements,
  • assouplir les cahiers des charges de la distribution pour valoriser les produits avec des défauts d’aspect ou proches de la préremption,
  • pratiquer le retrait progressif : bradage, dons…
  • répartir la responsabilité juridique : dédouaner le producteur ou le distributeur de sa responsabilité dès lors que le produit est donné,
  • favoriser le développement d’infrastructures adaptées au recyclage par les règles d’urbanisme et soutenir l’agriculture urbaine,
  • innover dans la conception, la transformation, le conditionnement et la logistique des aliments (emballages « actifs », bioprotection…),
  • mieux gérer et partager les flux de données sur le suivi des aliments,
  • valoriser les aliments non consommés et les bio-déchets : compost, méthanisation, agroplastiques…
  • sensibiliser, éduquer et former les publics.


• Ces neuf leviers d’action ont ainsi été analysés au regard de trois situations d’évolution des contextes urbains caractéristiques des pays "développés"


  1. Le premier scénario analyse les tendances dans un contexte de métropolisation globalisée où domineraient uniformisation, individualisme et affaiblissement du lien social avec prédominance de la grande distribution et perte du lien à l’agriculture. 
    • la cyclisation des systèmes passe alors ici par l’implémentation de grosses unités de valorisation des bio-déchets
    • le développement de la valorisation des bio-déchets alimentaires  dépend de technologies industrielles
    • la mobilisation des instruments de type assouplissement des cahiers des charges de la grande distribution ou ceux favorables au don (révision des règles de répartition des responsabilités) est interressante dans ce contexte

Comment rendre ce scénario tendanciel plus soutenable ? Politiques publiques déterminantes : • Accompagner la croissance urbaine                                                        • Responsabiliser les acteurs  privés mondialisés • Sensibiliser les consommateurs et maitriser les flux (aliments, bio­‐déchets et emballages associés) ?

  1. Un deuxième scénario imagine des villes de taille moyenne fonctionnant en réseau, où se développent coopérations, mobilités et technologies vertes, avec de nouvelles relations aux arrière-pays ruraux, 

           la cyclisation des systèmes passe alors ici par des unités de taille moyenne, localisées aux nœuds logistiques des flux de matière (de type méthaniseurs ou bio-raffineries « rurbaines »)

          ★ le recyclage des bio-déchets est lié au déploiement d’une économie circulaire, soutenu par des règles d’urbanisme et des infrastructures         portées par les collectivités locales.

          ★ la numérisation des activités du système alimentaire, la connexion des acteurs et la mobilisation des flux de données générées, en vue                                                                                      d’améliorer l’efficience des organisations logistiques favorisent l’optimisation des flux de matière en amont de la consommation alimentaire

Comment favoriser une économie alimentaire circulaire au sein de l’espace urbain ?   Maitrise des contaminants   Changer l’image d’aliments «issus du recyclage»  Financements (infrastructures, incitations, high-‐tech)    Nouveaux modèles d’allocation de la valeur entre acteurs «en symbiose »

  1. Le troisième envisage des villes où se développe une économie locale, sociale et solidaire, avec des systèmes informels et peu de technologies.
    • le développement de l’économie de partage est propice aux approches collectives et solidaires.
    • les démarches éducatives et les dispositifs contraignants ou incitatifs au tri sélectif poussé, sont moins nécessaires (car ces pratiques s’y développent plus « spontanément », dans un contexte d’économie solidaire).
    • le développement de technologies minimales et économes ainsi que la mise en place de règles encadrant agriculture urbaine et nouvelles pratiques d’approvisionnement (troc, préparation à la demande de repas, etc.) sont susceptibles de limiter le gaspillage à la source.

Comment rendre ce scénario en rupture avec les modes de vie courants, plus sûr ?     Sécuriser  les systèmes informels    Sécurité sanitaire de l’alimentation    Investissements dans la sensibilisation ou dans des équipements collectifs de soutien aux nouvelles pratiques alimentaires ?

• Quel que soit le cas de figure, une double question semble voir le jour, conclue l'étude. 

D’une part, les mesures favorables à la réduction du gaspillage à la source devront être cohérentes avec les exigences de sécurité sanitaire des aliments, tout comme les risques liés à la diffusion de contaminants peuvent être un frein à la mobilisation des bio-déchets à des fins agricoles ou pour des usages énergétiques, chimiques ou de produits bio-sourcés. 

D’autre part, les mesures incitatives à la valorisation et au recyclage des bio-déchets peuvent diminuer l’impact de l’objectif prioritaire affiché par les politiques publiques actuelles : la réduction avant tout du gaspillage à la source.

 

La seule façon de ne pas penser un monde en pénurie ou consommant au-dessus des moyens de la planète, est de :

  • Développer l’économie circulaire : tout transformer toute la biomasse produite en aliment, biomatériau, énergie ou amendements pour ne rien perdre ;
  • Optimiser les flux de matière, de données et d’information avec l’appui des nouvelles technologies, en particulier mobiles ;
  • Encourager l’émergence de nouvelles solidarités.


voir dossier INRA : pertes et gaspillage alimentaires


1 Guilbert S., Redlingshöfer B., Gracieux M., Fuentes C. : Systèmes alimentaires urbains : comment réduire les pertes et gaspillages alimentaires ? ➠ consulter

 Les systèmes alimentaires englobent ici toutes les étapes depuis l’approvisionnement de la ville jusqu’à la consommation des aliments, en intégrant la valorisation des coproduits et le traitement des bio-déchets. Ils excluent les activités relatives aux eaux usées et aux déchets verts.

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